En mars 2023, la faillite de Silicon Valley Bank a relancé l’inquiétude concernant la solidité des établissements bancaires, même dans les économies les plus développées. Les agences de notation, pourtant réputées pour leur prudence, ont abaissé la note de plusieurs banques systémiques européennes dans les semaines qui ont suivi.
Certains établissements, considérés comme “trop gros pour faire faillite”, affichent pourtant des taux de fonds propres inférieurs à ceux de banques moins exposées médiatiquement. Derrière les garanties publiques et les dispositifs de protection des dépôts, les disparités de résilience restent importantes.
Comprendre les enjeux de la sécurité bancaire en période de crise
La sécurité bancaire ne se limite pas à une simple affaire de chiffres ou de confiance aveugle. C’est un édifice tenu par une multitude de contrôles, de règles et de gardiens, au premier rang desquels la Banque de France et son bras armé, l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution). Chaque banque opérant en France, qu’elle soit issue d’un grand réseau ou 100% numérique, se plie à la même discipline : ratios de solvabilité, exigences de liquidité, contrôles sur fonds propres. Les banques en ligne n’ont rien d’élèves dissipés ; elles suivent la même partition que leurs homologues historiques.
Dans ce jeu de dominos, le FGDR (Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution) veille au grain : chaque client bénéficie d’une couverture jusqu’à 100 000 euros par établissement, que l’on parle compte courant ou livret non réglementé. Pour les livrets A, LDDS, LEP, la protection grimpe : l’État garantit sans plafond. Quant à l’assurance vie, elle relève du FGAP, plafonné à 70 000 euros.
La confiance, elle, se fabrique au gré des habitudes. Beaucoup restent attachés aux banques traditionnelles pour la sécurité supposée de leur ancrage physique. Pourtant, sur le plan réglementaire, banques en ligne et établissements classiques boxent dans la même catégorie. Attention toutefois aux néobanques étrangères (Revolut, N26) : elles dépendent du fonds de garantie de leur pays d’origine. Cette nuance n’a rien d’anodin lorsque l’on parle de solidité et de capacité à rembourser.
Mais l’ombre d’une crise systémique plane toujours. Avec 7,7 milliards d’euros pour couvrir 660 milliards de dépôts, le FGDR montre ses limites face à un séisme bancaire. La Banque centrale européenne surveille les géants de la zone euro, mais la véritable assurance reste la transparence et le sérieux de chaque acteur. La confiance se cultive dans la rigueur du dispositif, pas dans les slogans.
Quels critères permettent d’évaluer la fiabilité d’une banque ?
Plusieurs leviers permettent de jauger la fiabilité d’une banque. Les agences de notation financière (Moody’s, Fitch, Standard & Poor’s) passent les établissements au crible. Leur verdict ne se résume pas à un chiffre : il traduit la capacité d’une banque à tenir le choc, même en pleine tempête. La note découle d’éléments tangibles : fonds propres, liquidité, ratio de solvabilité, exposition aux risques.
Le ratio de solvabilité, calculé selon les standards Bâle III, mesure la robustesse des fonds propres face aux risques encourus. Plus il monte, plus la résistance s’affirme. Les banques françaises, qu’elles soient traditionnelles, mutualistes ou en ligne, affichent des ratios globalement conformes aux règles européennes. Les réseaux mutualistes comme le Crédit Mutuel ou le Crédit Agricole sont réputés prudents. Les grandes enseignes commerciales (BNP Paribas, Société Générale) s’appuient sur une capitalisation solide.
Autre point à considérer : la structure du groupe. De nombreuses banques en ligne sont adossées à des poids lourds. Fortuneo s’appuie sur Crédit Mutuel Arkéa, Boursorama sur Société Générale. Ce rattachement mutualise les risques et offre une couche de sécurité supplémentaire.
Les agences de notation restent à surveiller : Moody’s a abaissé la perspective de plusieurs grandes banques françaises, signe d’une vigilance accrue dans le secteur. Même si la note reste bonne, ces signaux ne doivent pas passer inaperçus.
Comparatif : panorama des banques françaises les moins sûres selon les classements et les experts
La sécurité bancaire ne dépend pas du format, physique ou digital, mais du socle financier du groupe qui porte la marque. La plupart des banques en ligne françaises bénéficient de l’appui de grands établissements : Boursorama Banque s’ancre à la Société Générale, Fortuneo à Crédit Mutuel Arkéa, Hello Bank! à BNP Paribas. Elles partagent le même cadre réglementaire que les banques traditionnelles : contrôle de l’ACPR, garantie FGDR à 100 000 € par client et par établissement, vérifications régulières de leur solidité.
C’est du côté des néobanques étrangères que la prudence s’impose. Revolut, N26, Wise ne dépendent pas du FGDR, mais du fonds de garantie de leur pays d’origine. En cas de faillite, la procédure de remboursement suit les règles du pays d’agrément, dont la fiabilité et la rapidité d’indemnisation peuvent varier. Nickel, souvent vue comme une alternative, appartient à BNP Paribas et reste donc couverte par les mécanismes français.
Côté perception, les enquêtes révèlent que les Français continuent d’accorder plus de crédit aux banques traditionnelles qu’aux banques en ligne. Cette préférence tient à la visibilité des agences et à la longévité des enseignes. Pourtant, les garanties sont désormais comparables d’un modèle à l’autre.
Bilan rapide des situations à risque :
Voici ce qu’il faut retenir sur les types de banques qui présentent le plus d’incertitudes :
- Néobanques étrangères : garanties hors de France, démarches parfois obscures en situation de crise.
- Banques en ligne françaises : fiabilité lorsqu’elles sont adossées à un grand groupe, mais sentiment de sécurité moindre pour certains clients.
- Banques traditionnelles : stabilité éprouvée, suivi rigoureux, image rassurante même à l’ère digitale.
Conseils pratiques pour choisir une banque fiable et protéger ses dépôts
Dans un contexte où la confiance évolue au fil de l’actualité, il reste judicieux de passer au crible les garanties offertes par sa banque. Privilégiez un établissement agréé par l’ACPR, preuve d’une surveillance par la Banque de France, et donc couvert par le FGDR, qui protège jusqu’à 100 000 € par client. Vérifiez toujours le groupe auquel votre banque appartient : la majorité des banques en ligne françaises sont adossées à des acteurs solides, ce qui renforce leur crédibilité.
Pour limiter les risques, quelques réflexes s’imposent :
Voici les principaux réflexes à adopter pour limiter votre exposition :
- Éparpillez vos fonds sur plusieurs banques pour éviter de dépasser le plafond de garantie par établissement.
- Placez vos liquidités excédentaires sur des livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP), couverts à 100% par l’État français.
- Concernant l’assurance vie, sachez que le FGAP couvre jusqu’à 70 000 € par assureur.
- Gardez un œil sur la notation financière de votre banque (Moody’s, Fitch, Standard & Poor’s) pour suivre l’évolution de sa solidité.
Déposer son argent dans une néobanque étrangère, c’est accepter d’autres règles : le fonds de garantie change, la procédure d’indemnisation peut traîner, et la gestion d’une crise devient rapidement plus complexe. Diversifiez vos placements : comptes à terme, immobilier, obligations d’État, métaux précieux ou or offrent une alternative de protection, hors du champ bancaire classique.
Le FGDR promet une indemnisation rapide (théoriquement sous 7 jours ouvrables), mais ses moyens restent modestes face à l’ampleur totale des dépôts en France. Restez attentif : surveillez les informations de votre banque, et n’hésitez pas à réagir si sa situation financière se fragilise.
Quand les remous secouent le secteur bancaire, mieux vaut garder la tête froide et les yeux ouverts. L’avenir réserve toujours des surprises, mais la vigilance et la répartition restent les meilleurs alliés pour traverser la tempête sans y laisser ses économies.


